Mercredi 9 janvier 2008 3 09 /01 /Jan /2008 00:00

La psychanalyse dans le collimateur
 
Apparemment, le débat sur la psychanalyse reprend avec flamme.
 
Allez jeter un coup d’œil aux commentaires, c’en serait presque drôle !
Dans une période où l’on ne cesse de nous parler de responsabilité individuelle dans le budget de la sécu, j’aimerais répondre sur la responsabilité collective.
Le patient moyen, celui qui n’est pas riche, est contraint à payer de sa poche des frais de santé grandissants. Au lieu de continuer à faire fonctionner un système de franchise même pour ceux qui bénéficient d’une Affection de Longue Durée –   soi-disant prise en charge à 100% ! –  Je suggère de ne plus rembourser les analyses pratiquées par les médecins psychiatres !
Puisqu’il est prouvé qu’elles ne sont pas des pratiques de soin efficaces et durent un temps très long, que la CPAM ne prenne en charge que les thérapies d’aide et de soutien pratiquées par des personnes spécifiquement formées à autre chose qu’à la classification des maladies mentales qui ne rassure d’ailleurs que les psychiatres. Cibler une pathologie mentale est autrement plus difficile que ne le font les DS IV ou V.
La réduction des symptômes à une seule catégorie de pathologie est simplificatrice et ne prend pas en compte l’individu dans son ensemble. Erreurs de diagnostics et changements réguliers de classements ne sont-ils pas la preuve que ces données sont loin d’être scientifiques. Aujourd’hui, la médecine du psychisme en est à ses balbutiements et bien en-deçà de la neurochirurgie par exemple.
J’accuse parallèlement la justice de résoudre de nombreux procès de criminologie à l’appui exclusif des psychiatres experts qui sont rarement du même avis et ne prennent jamais le temps nécessaire à un diagnostic fiable. J’ai connu un délinquant (casseur, comme l’on dit dans le milieu) qui avait passé plus de la moitié de sa vie en prison. Il riait des jugements qui étaient tombés lors de ses diverses aventures. La moitié des experts prétendaient qu’il était responsable et l’autre affirmait qu’il relevait d’une évidente sociopathie. Je propose donc pour le Rachida Dati l’éviction de ces experts. Ainsi, elle pourra agrandir ses effectifs en juges alors qu’elle a prévu le contraire.
Bon allez, revenons aux moutons et aux brebis de ce cher Freud !
Je donne à nouveau la parole à Catherine Kriegel :
 
 Les femmes psychanalystes: pire que les hommes ?
 
Les femmes psychanalystes
Dans l’ensemble, pour la plupart surtout au début, les analystes femmes se soumettent aux idées du fondateur. La théorie est dans son ensemble passionnante et révolutionnaire, les idées de Freud sur les femmes ne choquent personne, elles sont plutôt moins conformistes que les idées de ses contemporains.
undefined  Marie Bonaparte, fait du zèle. Elle va plus loin que le maître sur ce terrain.
Sa névrose et son masochisme s’expriment pleinement dans ses écrits. Elle n’a de cesse de vouloir à tout prix démontrer que le passage de la jouissance clitoridienne à la jouissance vaginale est indispensable et exclusif. Elle qualifie de frigides et viriles celles qui gardent une jouissance clitoridienne. Elle écrit même que ces femmes n’abandonnent pas l’organisation phallique et que le remboîtement en l’attitude féminine passive, condition de la sensibilité vaginale, n’a pas lieu. Elle écrit : « Cette forme partielle de frigidité est à mon avis, non seulement la plus rebelle, mais encore la plus fréquente ».
Voici la normalité : p. 49
« La fille doit en effet…
« La fille passe définitivement à l’amour dominant du père…
 
undefined M. Klein : (nommée « géniale tripière par Lacan, parce qu’elle s’intéressait aux pulsions et aux représentations archaïques du corps chez l’enfant: oralité, analité).
Elle a remarqué que : « La psychologie de la femme n’a pas bénéficié dans la même mesure que celle de l’homme des recherches psychanalytiques » (La psychologie des enfants, chap. 11 p 209).
Selon elle, le Surmoi (instance morale) n’est pas l’héritier du complexe d’Œdipe. Il est plus précoce, donc pas nécessairement transmis par le père.
Les individus des deux sexes traversent les mêmes phases : schizo-paranoïde et dépressive.
La place du père n’est pas primordiale pour cette théoricienne qui traite avant tout de la relation mère-bébé, fondamentale dans la constitution du moi et du Surmoi.
 
Les lacaniennes sont timides, peu critiques du maître, à part 
undefined Pierra Aulagnier, qui a créé une théorie personnelle et a quitté l’école de Lacan pour fonder le 4e Groupe. Son Œuvre est  complexe, elle aide à la compréhension des pathologies graves et éclaire les origines du psychisme, égales pour les deux sexes. Des « pictogrammes » préfigurent une activité psychique archaïque, des représentations précoces mêlées, issues du sensible et du plaisir ressenti dans la relation à la mère. Le corps et les pulsions sont impliqués dans ces premières ébauches de représentations hallucinées ou réelles. L’idée rompt avec la théorie de J Lacan, pour qui tout signifiant s’inscrit dans la fonction symbolique du phallus et du nom du père dont il s’origine. Le symbolique s’origine à partir de ces « pictogrammes », formés lors de la relation originaire mère-enfant
 
undefined F. Dolto
Il en va de la grande prêtresse de la psychanalyse comme il en va du grand maître.
undefined Si Anna Freud n’a jamais touché aux fondements de la théorie sexuelle infantile de son père vénéré, F. Dolto ne dérogera pas d’avantage à la parole de son maître, J .Lacan. Elle s’inscrira dans la droite ligne du mythe de la primauté du père et du phallus.
 
undefined Le livre de Luce Irigaray : Speculum de l’autre sexe fait l’effet d’une bombe à sa sortie.
Elle y reprend une par une toutes les formulations phallocentristes de S.Freud.
Après cette remise en question pertinente, il apparaît que le ver est dans le fruit de la psychanalyse freudienne
Pourtant, les femmes analystes, sensibilisées à cette question ne renoncent pas à cette discipline. Si le fruit est comestible, il faut juste en extraire le ver. C’est là notre propos.
 
Jacqueline Scheffer : L’horreur du féminin :
 « La fascination et l’horreur du « féminin » renvoient à l’angoisse de la perte des limites. Horreur de son sexe amputé, « mais que son pénis à lui soit visible, limité, à cran d’arrêt, le protège de la terreur d’un trou sans fond, où il risquerait de disparaître tout entier ». L’horreur de la castration, celle du sexe féminin sont, selon elle, des contre-investissements de l’horreur primordiale : celle de l’inceste, et de sa représentation substitutive : la jouissance féminine.
Catherine Couvreur tente également de comprendre la peur du féminin chez l’homme. « Peut-être ce qui fonde cette crainte est que la femme est autre que l’homme, qu’elle apparaît incompréhensible, pleine de secret, étrangère, et pour cela, ennemie ». Peut être pouvons nous de nouveau nous référer à « l’envie », selon M.Klein
 
Au Congrès des psychanalystes de langue française des pays romans (1983) plusieurs analystes se penchent sur « le féminin dans les deux sexes »
Jean Cournut et Monique Cournut-Janin tentent de sortir la psychanalyse du monisme phallocentrique. Ils montrent que la notion de théorie cloacale « tend à égaliser la différence des sexes dans le trou commun de l’analité » Cette conception  « dénie la différence des sexes. Il n’y a pas de différence, il n’y a que de la castration. »
 
 
 Monique Schneider : Généalogie du Masculin. Coll. Psychanalyse Aubier(2000)
Elle remonte jusqu’aux Grecs pour montrer l’héritage de la pensée machiste patriarcale. Elle oppose à l’évaginisation freudienne, une « revaginisation » : le vagin ne se définit pas dans son rapport négatif au phallus, il est « la chose même » (J. André), origine et fondement de toute sexualité, et partant, du masculin. C’est l’inversion de la position de Freud, de la position phallocentrisme à la position vaginocentriste. (Le terme est refusé par mon correcteur d’orthographe). La tentative de faire renaître la symbolique du cordon ombilical et sa fonction de liaison par opposition au phallus et sa fonction de rupture.
 
Pour finir, posons cette délicate question: Dans sa conception de la vie sexuelle, la psychanalyse est-elle un fétichisme ?
 
Le clivage du Moi selon Freud, désigne une rupture psychique grave du Moi, une scission d’une partie du moi qui ne communique plus avec l’autre partie et fait l’objet d’un déni: « je le sais mais je ne veux rien en savoir ». C’est le clivage du délire dans la psychose, c’est aussi la problématique fétichiste. Selon la théorie freudienne : la fixation phallique totémique, le clivage et le déni de la différence des sexes définissent la perversion fétichiste. Concernant notre sujet : psychanalyse et genre ; il s’agit du clivage entre un moi féminin et un moi masculin, et du déni du féminin. Clivage, déni de la différence des sexes, en ce sens, la théorie psychanalytique s’inscrirait dans le modèle fétichique qu’elle a elle même fondé.
Ma présentation reprend la notion freudienne de bisexualité, elle repose sur le questionnement du, célèbre psychanalyste anglais  Winnicott qui s’interroge sur le clivage du masculin et du féminin.
Elle intègre dans le concept de bisexualité, les deux genres masculin et féminin sans primauté de l’un sur l’autre et sans exclusion de l’un par l’autre. (Freud lui-même, pouvait aussi écrire: « ni du point de vue biologique, ni du point de vue psychologique, les caractères d’un des sexes chez un individu n’excluent ceux de l’autre ». (Trois essais sur la théorie de la sexualité).
Elle entrevoit la nécessité d’un lien interne entre le masculin et le féminin, comparable au lien établi par S.Freud concernant pulsions de vie et pulsions de mort. Dans la deuxième partie de son œuvre, il construira une théorie des pulsions qui rejoint cette opposition: pulsions de vie (bisexualité) - pulsions de mort (destructivité). En même temps qu’il découvre cette pierre d’achoppement, ce facteur d’échec que représente la pulsion de mort, le négatif dans la cure ; il se heurte au « roc de la féminité ». 
Groddeck, contemporain de S.Freud soutient déjà à cette époque l’idée d’un refoulement de la bisexualité par la psychanalyse: « il n’y a absolument pas d’homme séparé de la femme, l’être humain est femme-homme et homme-femme. »
Si le clivage disparaît, la différence ne s’annule pas il s’agit toujours d’un système binaire: deux genres présents dans chacun des deux sexes. Mais, la bipartition n’est plus aussi tranchée, une passerelle interne, établit une communication entre les deux genres constitutifs de la bisexualité. Ce lien masculin-féminin s’avère nécessaire pour assurer la continuité du moi, la souplesse du fonctionnement intrapsychique et la capacité à s’identifier à l’autre dans les relations interpersonnelles.
La rupture de ce lien aurait pour conséquence le refus de l’autre sexe, le besoin de le cacher, l’obérer de la scène sociale, une hyper virilisation ou au contraire, une hyper féminisation.
 
La psychanalyse ne se réduit pas à cette perception réductrice. Son champ d’exploration et de découvertes, sa créativité sont considérables.
 Nous ne pensons plus de la même façon : Nous savons que nous avons un inconscient, que parfois, il nous gouverne malgré nous ; que nous avons des pulsions de vie, de mort. Nous savons qu’elles exercent une poussée et parfois nous dirigent plus que nous les dirigeons ce qui nous oblige à une certaine humilité ; nous savons nommer les inhibitions, les défenses psychiques que sont les symptômes, le refoulement, les obsessions, les fantasmes, nous comprenons mieux ce que révèlent nos rêves, nous savons ce qu’est le narcissisme, la culpabilité, la frustration. Nous savons ce que sont les névroses, les psychoses et les perversions. Nous savons qu’il faut faire un deuil et ne pas seulement être en deuil. Nous savons, et nous pouvons mieux nous défendre ainsi contre nos démons intérieurs. C’est pourquoi il est plus que jamais nécessaire, pour défendre ce savoir, d’en rectifier ses dérives liées aux convictions personnelles de ceux qui les ont créés.
 
CITATIONS DE FREUD SUR LES FEMMES
 
 La femme :
 
« …l’infériorité intellectuelle de tant de femmes, qui est une réalité indiscutable, doit être attribuée à l’inhibition de la pensée, inhibition requise pour la répression sexuelle. » Sigmund Freud, 1908: Die ’’kulturelle’’ Sexualmoral und die moderne Nervosität. Trad. fr. in : Freud, La Vie Sexuelle. P.U.F. 1969, page 42.
 
« C’est un fait connu, et qui a donné aux hommes ample matière à récrimination, que souvent le caractère des femmes s’altère singulièrement une fois qu’elles ont renoncé à leur fonction génitale. Elles deviennent querelleuses, tracassières et ergoteuses, mesquines et avares ; elles font ainsi montre de traits d’érotisme sadique anal qu’elles ne possédaient pas auparavant, durant leur féminité. » Sigmund Freud, 1913— Die Disposition zur Zwangsneurose. Ein Beitrag zum Problem der Neurosenwahl. [Conférence Congrès internat. Psychanalyse, Munich 7 et 8/09-1913] *GW 8: 442-452; *CP 2: 334-341; *SE 12: 311-326. La disposition à la névrose obsessionnelle. *NPP: 189-197. Page 195.
 
« Le secret de l’imbécillité physiologique des femmes réside dans le fait qu’elle est une conséquence du refoulement sexuel. Comme on leur interdit de penser à ce qu’il y a de plus valable pour elles, l’activité de la pensée en général n’a plus de valeur du tout. »
Sigmund Freud, rapporté par Otto Rank, secrétaire de la Société Psychanalytique de Vienne, dans la séance du 3 mai 1911. MINUTESde la Société Psychanalytique de Vienne (1906-1918). Nunberg (H.) Federn (P.) Eds., 1962-1975: Les Premiers Psychanalystes (vol 3: 1910-1911). Gallimard, 1979, pages 244-245.
 
Même si la femme « doit être jugée avec indulgence et tolérance dans les domaines où elle est en retard sur l’homme », « Il est vrai, dit Freud, que la femme ne gagne rien à étudier et que cela n’améliore pas, dans l’ensemble, la condition des femmes. En outre, la femme ne peut égaler l’homme dans la sublimation de la sexualité. » Sigmund Freud, rapporté par Otto Rank, secrétaire de la Société Psychanalytique de Vienne, dans la séance du 15 mai 1907. MINUTESde la Société Psychanalytique de Vienne (1906-1918). Nunberg (H.) Federn (P.) Eds., 1962-1975: Les Premiers Psychanalystes (vol 1: 1906-1908). Gallimard 1976, pages 219 et 220.
 
 
Dolto et le déni de l’inceste
 
 
Françoise Dolto, interviewée par la revue Choisir, en novembre 1979.
 
 
« -Choisir : Mais enfin il y a bien des cas de viol ?
-Dolto : Il n’y a pas de viol du tout. Elles sont consentantes.
-Choisir : Quand une fille vient vous voir et qu’elle vous raconte que, dans son enfance, son père a coïté avec elle et qu’elle a ressenti cela comme un viol, que lui répondez-vous ?
-Dolto : Elle ne l’a pas ressenti comme un viol. Elle a simplement compris que son père l’aimait et qu’il se consolait avec elle, parce que sa femme ne voulait pas faire l’amour avec lui. »
[Plus loin…]
-Choisir : D’après vous, il n’y a pas de père vicieux et pervers ?
-Dolto : Il suffit que la fille refuse de coucher avec lui, en disant que cela ne se fait pas, pour qu’il la laisse tranquille.
-Choisir : Il peut insister ?
-Dolto : Pas du tout, parce qu’il sait que l’enfant sait que c’est défendu. Et puis le père incestueux a tout de même peur que sa fille en parle. En général la fille ne dit rien, enfin pas tout de suite. »
 
 
Forts de ces considérations, ne vous déprimez point !
Je vous suggère pour votre traitement d’aujourd’hui d’aller écouter ces deux merveilleux morceaux des Celtic Women : le premier pour rester zen et le second pour être heureux !
J’ignore si elles sont clitoridiennes ou vaginales.
A mon avis, elles sont surtout cordiales-vocales et très agréables à regarder!
 
http://fr.youtube.com/watch?v=lQN9gr-Hb_Q

Dernier article de la série, mais d'autres viendront!

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Par Alice - Communauté : Féminisme
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  • Passionnée par la frontière entre la norme et l’exception. Trop longtemps enseignante, j'ai rendu les armes plus tôt que prévu et je me consacre à ce que j'aime: l'écriture, les arts plastiques et les débats de société... et ça va chauffe
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